![]() |
Rond-PointAccueil > INDÉPENDANCE : POUR OU CONTRE ? > Petite leçon sur l'indépendance |
Petite leçon sur l'indépendance en trois volets:
|
« La maîtrise de l'agir collectif l'emporte sur la manière d'agir. » (Maurice Séguin, Les Normes, 3,2,4) b-1) « Conserver la liberté et les moyens d'agir collectivement est d'un ordre bien supérieur à « conserver ses lois, sa langue, etc. »» (Maurice Séguin, Les Normes, 3,2,4) b-1.2) « Les nations souveraines sont en réalité des empires où souvent l'assimilation des éléments n'est pas toujours terminée… » (Maurice Séguin, Les Normes, 3,5,20) |
Dans cette courte étude sur la nation indépendante, Maurice Séguin procède rigoureusement et méthodiquement. Il débute par une définition de la nation indépendance ; il insiste sur « l'organisation d'une Nation [...] capable de surmonter et d'assimiler finalement [les] influences extérieures » (3,5,5) ; il signale le rôle important de l'État pour « défendre la vie collective internationale » (3,5,6,2) ; il note les répercussions de la vie internationale sur la vie nationale (3,5,7, à 3,5,9) ; il décrit les relations entre les nations indépendantes et souligne la différence majeure entre l'« accrochage superficiel » et la « défaite fondamentale » ; il termine sur les phénomènes vécus au sein des nations souveraines qui « sont en réalité des empires où souvent l'assimilation des éléments n'est pas toujours terminée… » (3,5,20).
Par une série d'énoncés bien structurée, Maurice Séguin présente la question de « la nation indépendante « tout en tenant compte des « relations de juxtaposition ». La section 3.5 du document sur Les Normes porte sur les thèmes suivants:
Qu'est-ce qu'une nation indépendante ? Séguin explique : « C'EST LA NATION (AU SENS SOCIOLOGIQUE) QUI MAÎTRISE COMME MAJORITÉ UN ÉTAT SOUVERAIN ». Et la nation « au sens sociologique, culturel surtout, c'est un groupe distinct et différent, qui semble s'être formé spontanément. Un milieu avant tout culturel qui imprègne, caractérise l'individu. On insiste sur l'unité (et la valeur) de la culture distincte et différente de la communauté. » Actuellement, les Québécois maîtrisent un État provincial qui n'est pas souverain. Mais à l'intérieur de cette « nation », il y a des individus, des groupes et des collectivités qui n'acceptent pas de faire partie d'un État séparé ou indépendant du Canada. Par contre, il y a un certain nombre de souverainistes romanticopolitiques qui rêvent de se voir accorder par le gouvernement canadian une égalité de souveraineté comparable à celle des États-Nations adhérant à l'Union européenne. Parmi ceux-ci, l'aspirant premier ministre du Québec, Bernard Landry, croit obstinément obtenir cette reconnaissance de l’égalité de status. Pourtant, les faits démontrent le contraire. L’avenir du Québec n’est pas dans cette direction. Il faut revenir à l’explication de Maurice Séguin sur la nation indépendante.
Pour bien comprendre la section 3,5 consacrée à « la nation indépendante et les relations de juxtaposition », il importe de saisir l'éventail des situations de nations. À la section 3,4, Maurice Séguin présente sommairement un « essai de classification [...] dans la situation des ethnies ».
3.4 ESSAI DE CLASSIFICATION3.4.1 Une gamme très nuancée dans la situation des ethniesIl existe toute une gamme (très nuancée en réalité) dans la situation des ethnies. On passerait par la grande Nation forte, impérialiste, dominant un bloc… à la moyenne Puissance, à la petite nation réussie…, pour aboutir aux cas d'échec plus ou moins considérable. 3.4.2 Quelques situations types pour les ethniesPour simplifier, on se contentera de distinguer quelques situations types.
|
En ouverture à sa petite leçon sur la nation indépendante, Maurice Séguin cherche à faire comprendre la nature réelle de la nation indépendante, son caractère exceptionnel ainsi que ses limitations (cf. 3,5,1 à 3,5,4). « Les alliances entre les nations sont nécessaires, écrit-il, mais entraînent des restrictions. » (3,5,4) Les autres thèmes précisent le sort de la nation indépendante et de ses relations de voisinage, de juxtaposition.
Une nation indépendante subit des « relations de voisinage ». Elle doit compter sur le rôle considérable de l'État qui permet de « réglementer, soutenir, corriger, défendre la vie collective nationale ». Elle subit « les répercussions de la vie internationale (ext.) sur la vie nationale (int.) » (cf. 3,5,7). Pour cela, elle « se doit de tirer le maximum de sa vie intérieure afin de pouvoir bénéficier au maximum de ses relations extérieures » (cf. 3,5,8).
Il est important de comprendre le paragraphe 3,5,10 dans le sens que seule « LA NATION (au sens sociologique) qui maîtrise comme majorité un État souverain » entre dans le « cas de Nations indépendantes » qui entretiennent des « relations de voisinage, de juxtaposition » et qui sont « maîtresses chez elles » (3,5,10). Cette nuance est d'une importance capitale pour la compréhension du fédéralisme. En fait, dans le cas du Québec annexé à la fédération canadienne, les « relations de voisinage, de juxtaposition » ne sont pas de cette nature. Il faut en prendre acte si un projet de souveraineté doit avoir du sens.
La collectivité rivale constitue une menace pour la nation indépendance. Elle peut « limiter » et même « détruire » l'agir (par soi) collectif de cette première nation. Ces relations de voisinages peuvent donner lieu à des conflits larvés ou des guerres ouvertes. Il peut en découler un « accrochage superficiel » (cf. 3,5,13) ou une « défaite fondamentale » (cf. 3,5,16). « Même là [la défaite fondamentale], est-ce pour toujours ? » fait remarquer Séguin. Au fond, rien n'est jamais complètement fini en histoire ou, encore, comme le disait l'historien Henri Hauser : « Fini, comme les choses finissent en histoire. » (1)
À l'intérieur d'une nation indépendante il existe des formes de régionalismes ou autrement dit « des pôles d'attraction, un centre prépondérant ». Et même qu'« au sein d'une nation souveraine et d'une même ethnie, se rencontrent des phénomènes apparentés à l'impérialisme, à l'annexion, à l'assimilation » (cf. 3,5,18).
À tous ceux qui défendent le projet souverainiste québécois d'une nation civique et inclusive, Maurice Séguin répond : « LA NOTION D'INDÉPENDANCE D'UNE NATION ne peut donc porter, d'une manière générale, que sur l'ensemble d'un groupe d'individus qui se reconnaissent comme une collectivité distincte et une, sans trop s'interroger sur les parties… ». (cf. 3,5,19) Cet énoncé est suivi d'un dernier énoncé qui porte, celui-là, sur l'idée que « les nations souveraines sont en réalité des empires où souvent l'assimilation des éléments n'est pas toujours terminée… ». (cf. 3,5,20)
Par Bruno Deshaies, Historien
bd@rond-point.qc.ca
Le Rond-Point des sciences humaines
15 février 2001