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Courbe de l'évolution de la colonisation française au Canada (vision de 1944)

Remarques préliminaires

En mai 1944, Maurice Séguin obtient une licence ès lettres classiques. Très tôt, il annonce au chanoine Lionel Groulx qu'il veut faire une thèse de doctorat en histoire. À l'automne 1944, il est inscrit au programme. Il se montre, dès ce moment-là, insatisfait des réponses de Parent, Bouchette, Montpetit, Minville et de Groulx lui-même sur la question nationale. Il prépare un article pour le Quartier Latin sur la situation politique au Canada qui ne sera jamais publié.

Il débute dans l'enseignement au Collège Sainte-Marie de Montréal, en 1944. Parmi ses notes de cours de cette époque, on trouve un petit cahier ligné, au papier jauni, qui contient un graphique qui résume l'évolution de la colonisation française au Canada. On peut dès lors constater que le jeune professeur d'histoire du Canada de 26 ans avait déjà pris conscience de l'importance considérable de la défaite de 1760, car il signale la dernière phase du régime français sous le signe de l' « écroulement » (comme il l'écrit lui-même sur le graphique). Il s'agit d'un graphique que Maurice Séguin a réalisé, en 1944-1945, à l'occasion de ses premiers cours d'histoire du Canada au Collège Sainte-Marie (le collège des Jésuites à Montréal) qui est devenu, depuis 1969, une partie intégrante de l'Université du Québec à Montréal (UQAM). Nous possédons là un début de preuve de cette insatisfaction de Maurice Séguin à l'égard des interprétations traditionnelles de l'histoire du Canada Français. Ce graphique se trouve dans le Fonds Maurice-Séguin (P221) au Service des Archives de l'Université de Montréal.

Nous présentons une version modernisée de ce graphique avec le fac-similé de la préparation de cours. Nous avons ajouté au graphique le titre suivant : « Évolution de la colonisation française au Canada », car l'interprétation de la courbe de l'évolution historique doit tenir compte de l'intensité de ce processus de colonisation par la mère patrie, la France.

Évolution de la colonisation française au Canada





NOTE :La figure ci-dessus, mise en forme par Le Rond-Point, illustre le graphique fait à la main, en 1944-1945, par Maurice Séguin lui-même (cf. Fonds Maurice Séguin, Service des Archives, Université de Montréal, cote P221 / 2453 / 63 / 8 / 5 / 2 (Collège Sainte-Marie, Syntaxe, Montréal, [1944-1945] : préparation de cours en histoire du Canada par Maurice Séguin.) Fac-similé de la préparation de cours.

Le régime français est divisé en cinq périodes

Maurice Séguin divise le Régime français en cinq périodes:

Chapitre I : 1534 à 1608 : Découverte et abandon (70 ans)
Chapitre II : 1608 à 1663 : Naissance laborieuse (60 ans)
Chapitre III : 1663 à 1672 : Essor prodigieux (10 ans)
Chapitre IV : 1672 à 1754 : Long cheminement (80 ans)
Chapitre V : 1754 à 1760 : Écroulement (6 ans)

Il note deux grandes étapes :

Le graphique modernisé met en évidence l'ensemble de ces données historiques.

Quelques explications pour comprendre le graphique

Le fac-similé du graphique montre, en ordonnée, le déroulement des événements historiques par rapport à l'évolution chronologique de la colonisation française; les coordonnées de l'espace/temps (c'est-à-dire les points encerclés) indiquent les moments charnières de l'histoire du Canada (français) pendant le Régime français. En faisant pivoter la chronologie en abscisse, l'internaute découvrira plus facilement encore les transformations successives de la colonisation française au Canada. 1534 : il n'y a rien, sinon l'exploration d'un territoire par Cartier ; 1760 : il y a un renversement et un changement de colonisation, car le Canada passe dans l'Empire britannique et sous l'autorité du gouvernement de Londres (la nouvelle mère patrie). Génial, n'est-ce pas ! (Avant le développement fulgurant de la sémiologie graphique, Séguin avait réussi un graphique d'une beauté et d'une simplicité exceptionnelle.) Qui pourrait contredire ce graphique ?

Une interprétation sommaire du graphique

Le graphique de Séguin consiste à montrer qu'il y a eu un début, plus que timide de l'exploration française (1534), suivi d'un établissement, en 1608, qui est ponctué de hauts et de bas, puis un effort sur une courte période en faveur d'une colonisation française un peu plus intense et, ensuite, un ralentissement de la colonisation ou un « long cheminement » qui ne pourra contrer le processus de confrontation entre la colonisation anglaise et la colonisation française qui aboutit à l' « écroulement » de la colonie canadienne et, partant, de la Nouvelle-France en Amérique du Nord. Séguin nous montre brillamment cette trajectoire.

Le graphique illustre donc la signification de dynamique de la colonisation française en Amérique du Nord de 1534 jusqu'à 1760. Il semble évident, pour Séguin, que la seule période d' « essor prodigieux » de la colonisation française ne dure qu'une courte période de 10 ans qui sera suivi d'un « long cheminement » de 80 ans. Malgré cet essor et ce long cheminement de la colonisation française, l'effort de la métropole française ne se sera pas assez grand pour empêcher l' « écroulement », en 6 ans, de l'Empire français en Amérique du Nord. Quoique la chute du Canada fut une longue agonie, elle n'en sera pas moins achevée par la défaite (la capitulation de 1760) et la cession officielle du Canada par la France à l'Angleterre, en 1763, par la signature du Traité de Paris.

Le Canada (français) avant 1760

Au cours des années 1950 et suivantes, Séguin développera sa conception du Régime français sous l'égide de deux thèmes d'interprétation :

  1. Grandeur du Canada (français) avant 1760;
  2. Misères du Canada (français) avant 1760.
    (Cf. Histoire de deux nationalismes au Canada, p. 12-16 ; voir aussi, Les Normes, 7,0.)

Vos commentaires

Bruno Deshaies
Québec, 24 mai 1999


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