Rond-Point

Histoire Histoire du Québec (1760 à nos jours) Évolution constitutionnelle au Canada depuis la Conquête Lord Durham (1792-1840)

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Lord Durham (1792-1840)

Dans son enquête sur le Canada, Durham essaie de comprendre quelles sont les raisons de la lutte entre les Canadiens-Français et les Canadiens-Anglais. Pour ce faire, il s’intéresse surtout aux habitants du Lower Canada. Il constate une double crise dans cette partie du Canada. Certes, écrit-il en substance, il existe une lutte politique, commune à toutes les colonies du British North America, et qui a fait rage aussi dans le Lower Canada. Mais je suis convaincu qu'il existe une cause beaucoup plus profonde, une cause que ne pourrait faire disparaître aucune réforme de la constitution. « Je m'attendais surtout, dit le gouverneur, à trouver une lutte entre un peuple et un gouvernement, entre une assemblée et un conseil exécutif; je trouvai aussi deux nations se faisant la guerre au sein d'un même État. » Durham avait donc compris qu'il n'y a pas seulement une lutte de «principes» portant sur la forme de la constitution mais aussi une lutte de «races» entre deux nations pour s'assurer la suprématie.

Mission au Canada en 1838
EXTRAITS DU RAPPORT DE DURHAM (1839)

Pour Durham, « il y a deux manières pour un gouvernement de traiter un territoire conquis. »

(1) Première manière : respect des droits et de la nationalité du pays conquis
« La première manière est de respecter les droits et la nationalité [des conquis] [...], de ne donner aucun encouragement à l'immigration du peuple conquérant [...]. »
(2) Deuxième manière : colonisation du pays conquis
« La seconde manière est de traiter le pays conquis comme un pays ouvert aux vainqueurs, d'encourager leur immigration, [...] de considérer la nationalité conquise comme entièrement subordonnée et de s'efforcer d'assimiler aussi promptement que possible [...] les nouveaux sujets [conquis] aux sujets de la grande masse de l'Empire. »

Comment maintenant l'une et l'autre de ces manières d'administrer un pays conquis peuvent-elles s'appliquer concrètement?

(3) Première manière : applicable à un vieux pays
« Dans le cas d'un vieux pays depuis longtemps établi, [...] où il ne reste que peu de place pour la colonisation, où les conquis doivent continuer à être par la force des choses la masse de la population future, la saine politique aussi bien que l'humanité commandent l'adoption du premier système. »
(4) Deuxième manière : applicable à un nouveau pays
« Mais dans un nouveau pays, non encore établi, un législateur prudent doit tenir compte, non seulement des intérêts des quelques individus qui se trouvent dans le moment à habiter une partie du sol, mais surtout des intérêts de cette population beaucoup plus considérable qui doit par la suite des temps s'établir dans le territoire conquis. Une sage administration formerait donc des plans en vue d'attirer et de maintenir une nouvelle population. »
(5) Impossibilité d'application de la première méthode au Lower Canada
« Le premier système que j'ai décrit, écrit Durham, étant le plus convenable à un vieux pays déjà peuplé aurait été impossible sur le continent américain [...] à moins que le gouvernement britannique ne fût prêt à abandonner à la population éparse canadienne-française qui se trouvait dans le Bas-Canada, non seulement la possession de cette vaste étendue de sol fertile que renferme cette Province, mais aussi l'embouchure du Saint-Laurent et toutes les facilités de commerce que commande ce grand fleuve. »

RÉFÉRENCES : 
  • Pour cet événement important de l’histoire du Canada, voir Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, Éditeur, 1997, Leçon XI : Crise de 1837 et Rapport Durham 1837-1839, p. 280-281. Voir aussi l’ANNEXE 7, pour des extraits du Rapport de Durham selon l’édition bilingue de Maurice Séguin concernant la célèbre phrase maintes fois citée: « Ils [« les descendants des Français dans le Bas-Canada »] sont un peuple sans histoire et sans littérature.»
  • Pour les sources, nous indiquons deux fiches bibliographiques de la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ). La première concerne la signalisation de la traduction du Rapport de Durham ; la deuxième fournit des renseignements sur le traducteur du rapport: Marcel Hamel (1913-1974). L’internaute remarquera qu’il pourra continuer son enquête en tenant compte des « sujets » qui ont un lien avec le Rapport de Durham.

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© Le Rond-Point des sciences humaines, 1998
Bruno Deshaies, bdeshaie@clic.net