Histoire

Histoire du Québec (1760 à nos jours) Évolution constitutionnelle au Canada depuis la Conquête

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La notion d'indépendance dans l'histoire du Canada, Maurice Séguin

Remarques de Guy Frégault

« In the unavoidable absence of Professor Michel Brunet his paper was read by his colleague Professor Guy Frégault. Following are some of Professor Frégault’s remarks during the discussion which followed the presentation of the three papers. » [Note de la Société historique du Canada.]

G. Frégault — Les Anglo-Canadiens avaient un choix : rester Canadiens ou devenir Américains. Ils étaient appuyés par la colonisation anglaise. Les historiens canadiens-français constatent que les Anglo-canadiens ne sont pas des coloniaux.

La survivance c’est ce qui reste à quelqu’un qui n’a pas suffisamment pour vivre. [...] Ce qui est intéressant, c’est la vie, c’est la direction de sa vie.

Cependant, pour les Canadiens-français, la source du pouvoir politique se trouvant à Ottawa est aussi étrangère que si elle était à Londres ou à Washington. Pour expliquer cette attitude, les historiens doivent remonter non pas à 1867 ni à 1840, mais à 1760. Les Canadiens-français n’ont pas eu de choix. Ils se sont fait battre. [Voir le livre de Guy Frégault, La Guerre de la Conquête, Montréal, Fides, 1955. Ouvrage réédité depuis. Voir aussi du même auteur, La société canadienne sous le régime français, brochure no 3 publiée par la Société historique du Canada ainsi que la brochure no 13 de Michel Brunet, Les Canadiens et les débuts de la domination britannique, 1760-1791.]

Ensuite est venue la révolution américaine. Les Canadiens-français ont compris qu’il valait mieux, en terme de population, être 30 p. 100 au Canada qu’une proportion beaucoup plus faible dans le grand tout américain.

Il y a un choix libre et un choix qui ne l’est pas. S’ils avaient été libre, les « Canadiens » auraient choisi d’être indépendants comme les « Canadians ». C’est en ce sens qu’ils n’ont pas eu de choix. Ceux qui choisissent le moindre de deux maux ne doivent pas avoir l’impression d’avoir choisi un bien. Il peut y avoir deux maux et celui qui est le moindre peut encore être un très grand mal. C’est ce dont nous nous apercevons aujourd’hui. Les «Canadiens» auraient pu choisir ce que les « Canadians » ont choisi : l’indépendance. Mais, dans les faits, jamais les Canadiens n’ont eux de choix. La conquête a été faite. Elle n’a jamais été défaite. Les «Canadiens » ne peuvent durer que sur les ruines des « Canadiens».

Actuellement [nous sommes en 1956], il n’y a personne qui, ouvrant les deux yeux, ne puisse voir qui détient le pouvoir, qui détient l’argent. Pour comprendre, il faut remonter à 1760 ; les effets se poursuivent jusqu’à aujourd’hui. Je ne crois pas qu’il y ait des raisons profondes, ni des causes qui paraissent à l’horizon qui puissent montrer qu’il en sera autrement demain.

Ce que je veux dire, et c’est précisément le noeud du débat, c’est que la survivance n’est pas une bonne chose. La survivance c’est ce qui reste à quelqu’un qui n’a pas suffisamment pour vivre. La survivance c’est une plaie. Ce qui est intéressant, c’est la vie, c’est la direction de sa vie. Il ne s’agit pas de survivre, d’être un témoin, parce qu’on ne peut pas disparaître. Mais c’est exactement notre situation.

En 1760, ce qu’il aurait fallu, ç’aurait été de gagner, ç’aurait été de vaincre. À défaut de victoire, la disparition.

J’explique le présent par l’histoire. L’histoire me montre que, en 1700, il n’y avait absolument rien qui pouvait dire que les Canadiens seraient plus tard condamnés à la survivance. Ils auraient très bien pu devenir le peuple canadien en Amérique, indépendant d’autres collectivités anglaises en Amérique. Ça c’est le passé. Maintenant, je me trouve aujourd’hui devant une situation qui n’est pas celle-là, qui en est exactement le contraire.

Dans ce cas-là, il n’y aurait qu’une chose à faire, c’est d’accorder effectivement l’indépendance aux Canadiens, ce que vous [les Canadiens-Anglais] ne pouvez pas faire, parce qu’alors vous perdez votre propre indépendance.


SOURCE :  In la Société historique du Canada, Rapport annuel, 1956, p. 81-82. «Canadianism — A Symposium»

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© Le Rond-Point des sciences humaines, 1998
Bruno Deshaies, bdeshaie@clic.net