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Les nations et l'assimilation

Les nations peuvent être indépendantes, satellites ou annexées. Les nations peuvent très bien se retrouver à l’intérieur d’une formule politique de type fédéraliste. Elles peuvent aussi subir l'assimilation qui est généralement « l'oeuvre du temps et des circonstances » (cf. ci-dessous : 3,11,8).

De gré, de force ou par obligation, les nations collaborent entre elles. De cette collaboration, elles peuvent en tirer des bienfaits ou en subir des inconvénients. Elles peuvent même s’exposer à être exploitées, dominées et annexées. Les rapports entre les nations peuvent conduire à l’assimilation. Il existe, toutefois, des peuples coincés entre deux impossibilités : l’impossible libération et l’impossible assimilation. C'est généralement le sort des peuples vivant sous l'égide d'un régime d'union fédérale [voir Les Normes, 3,10,1,2- A)]

L'assimilation fait partie des processus sociologiques qui entraînent la perte totale de tout sentiment national d'être distinct. Cependant, il n'est pas facile d'aboutir à l'assimilation totale. Il peut même exister des revirements de l'histoire.

Le texte qui suit est extrait du cours sur Les Normes de Maurice Séguin.

Bruno Deshaies
Le Rond-Point des sciences humaines

Québec, 24 janvier 1999
Révision : Montréal, 9 janvier 2004

CHAPITRE TROISIÈME [1]
SOCIOLOGIE DU NATIONAL

3.11 L'ASSIMILATION

    3.11.1  Premier sens: action (ou processus en cours)

    3.11.2  Deuxième sens: processus terminé, situation finale :

    3.11.3 Ne pas confondre l'assimilation d'individus avec l'annihilation, la destruction, l'extermination par la force.

    3.11.4  Si l'idée, la conscience de « groupe ethnique distinct » subsiste encore sur une seule même des causes variables sur lesquelles se fonde le « nationalisme » [cf. 3,2,4-c)], il vaut mieux parler d'annexion plus ou moins forte, d'annexion totale ou partielle, mais non d'assimilation.

    3.11.5  Même avec une très forte annexion politique, économique, et culturelle, le sentiment d'être distinct peut perdurer et servir de point de départ à une montée nationaliste plus ou moins complète…

    3.11.6  On ne saurait simplifier ainsi : un corps, deux âmes !
    Soutenir d'une part une complète assimilation politique et économique et espérer d'autre part une « personnalité culturelle » dynamique.

    3.11.7   La cause de l'assimilation est l'annexion prolongée…
    Être annexés, agir comme individus dans les cadres d'une autre nation… amène la destruction finale, totale de l'agir (par soi) collectif, en politique, en économique, au culturel…

    3.11.8  L'assimilation est l'œuvre du temps et des circonstances…
    Elle exige ordinairement plusieurs siècles chez les nationalités autochtones.
    Il est très facile d'annexer des nationalités.
    Il est beaucoup plus difficile d'aboutir à l'assimilation totale.
    Il reste, dans les régions ou provinces des vieilles nations souveraines, des traces de nationalités régionales non complètement digérées.

    3.11.9  Il ne dépend pas avant tout de la volonté d'achever ou d'éviter l'assimilation. Une certaine intervention pourrait accélérer ou retarder le processus (?).

    3.11.10  Bienfaits de l'assimilation totale pour la nation annexée :
    a) L'assimilation est l'une des deux directions normales.
    b) La fusion dans l'unité de la nation souveraine permet d'échapper à la médiocrité politique, économique et culturelle de la nation provinciale.
    c) D'où une tentation, très explicable, dans tout milieu annexé d'aspirer à l'assimilation, de proposer cette assimilation.

    3.11.11  Avantages de l'assimilation totale pour la nation majoritaire.
    Elle élimine (définitivement) « les crises d'appendice », les revendications, etc., du nationalisme minoritaire.

    3.11.12  Bienfaits de l'annexion et de l'assimilation pour la formation des grandes nations et des grandes civilisations.

    Si chaque groupe ethnique avait « respecté » son voisin (selon la morale et le droit), l'humanité serait composée d'une mosaïque de clans, de tribus et de villages souverains et peu évolués…


  1. Dans Maurice Séguin, Les Normes

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