Rond-Point AccueilHistoire >  Histoire du Québec (1760 à nos jours)


Canadiens-Français
et
Canadiens-Anglais(1)



Le Canada qui existe depuis 1867 et qui a fait de nous tous des CANADIENS, français ou anglais, n’est pas le Canada de 1760, bien que le Québec d’aujourd’hui recouvre toutefois la même réalité sociale profonde. Le Canada de 1760 est un Canada français sous l’égide de l’Empire français. Après 1763, ce Canada français demeure, mais il est intégré à l’Empire britannique. Il fera partie dorénavant, au même titre que les Treize Colonies anglaises, la grande Nouvelle-Écosse et la Province of Quebec dans laquelle les Canadiens habitent, de ces territoires qui passent sous l’hégémonie de la Grande-Bretagne.

Après 1763, dans ce nouveau CANADA où les CANADIENS de la Nouvelle-France continuent d’habiter, ils ne sont plus maintenant les seuls. Un autre Canada va se bâtir. Ce deuxième CANADA sera ANGLAIS. (2) Ce qui fait qu’après un peu plus de cent ans sous le Régime britannique, les CANADIENS de la Nouvelle-France deviendront des CANADIENS-FRANÇAIS, et les BRITANNIQUES, les Loyalistes de la Nouvelle-Angleterre comme les immigrants anglais de la Grande-Bretagne, deviendront des CANADIENS-ANGLAIS.

Séguin trouvait aberrant qu’on fasse l’histoire d’un territoire au lieu de l’histoire d’un peuple.

D’après Maurice Séguin, l’article du dans l’expression «Histoire du Canada» doit être considéré non pas comme un singulier, mais un pluriel, c’est-à-dire comme l’«Histoire des deux Canadas». Il trouvait aberrant qu’on fasse l’histoire d’un territoire au lieu de l’histoire d’un peuple. L’histoire du Canada, pour lui, doit être saisie comme l’histoire de deux collectivités au Canada, de deux peuples obligés de vivre sur un même territoire, d’où cette Histoire de deux nationalismes au Canada. Séguin, qui aimait s’exprimer par analogie, disait que les Canadiens-Français «subsistent comme peuple chambreur dans une des pièces les plus importantes de la maison construite et possédée par une autre nation ».

Nous savons que les Canadiens-Français, durant quelques générations, s’efforceront de prendre leur place, et la première, au sein du nouvel ensemble organique national après 1763. (3) Or, ce nouvel ensemble organique national, après 1763, n’est plus le CANADA français des CANADIENS de la Nouvelle-France, mais un nouveau CANADA. D’ailleurs, ces deux Canadas ou ces deux peuples se feront une lutte féroce jusqu’en 1840. Cependant, à partir de 1840, il est important de noter que dans le programme-manifeste à ses électeurs de Terrebonne, LaFontaine admet : «Le Canada est la terre de nos ancêtres; il est notre patrie, de même qu’il doit être la patrie adoptive des différentes populations qui viennent [...] dans la vue de s’y établir [...]. Leurs enfants devront être, comme nous et avant tout, CANADIENS.» Depuis lors, les Canadiens-Français ont avalisé l’idée et ils se sont comportés en tant que tel, d’où leur difficulté de se nommer en tant que peuple : tantôt Canadien, d’autres fois Canadien français ou Canadien-Français, Québécois ou Québécois francophone ou de souche, etc.

Nous considérons que, selon la pensée de Maurice Séguin, il serait préférable d’utiliser les syntagmes «Canada-Français» et «Canada-Anglais» et «Canadiens-Français» et «Canadiens-Anglais» pour désigner les deux peuples qui se font une lutte sans merci jusqu’au compromis de 1867 avec un seul Canada doté d’un gouvernement central et de gouvernements locaux ou provinciaux. Les Canadiens-Anglais deviennent des Canadians ou des Canadiens anglais et les Canadiens-Français et les autres francophones au Canada deviennent des Canadiens français, alors que ceux du Québec deviennent des Québécois francophones et qu’une partie d’entre eux sont des Canadiens-Français comme il en est depuis 1763.

Deux syntagmes

Après avoir beaucoup hésité, nous considérons que, selon la pensée et l’interprétation des textes de Maurice Séguin, il est préférable d’utiliser les syntagmes «Canada-Français» et «Canada-Anglais», «Canadiens-Français» et «Canadiens-Anglais» pour désigner les deux peuples qui se font une lutte sans merci jusqu’au règlement de 1867.

Notre graphie suit la règle des noms composés de peuples que nous trouvons dans le Multidictionnaire des difficultés de la langue française dans l’encadré portant sur les «Noms de peuples». On y lit : «Les noms de peuples qui sont composés et reliés par un trait d’union prennent la majuscule aux deux éléments. Un Néo-Zélandais, un Sud-Africain.» Pour bien comprendre maintenant cette distinction, il faut perdre de vue la notion juridique d’un Canada unifié par la constitution de 1867 et admettre que, sociologiquement et historiquement, ces deux peuples constituent des entités collectives distinctes et différentes, soit les Canadiens-Français, d’une part, et les Canadiens-Anglais, d’autre part (xxi-xxii).


  1. Extrait de la Préface de Bruno Deshaies à l’édition de l’œuvre posthume de Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, Montréal, Guérin, éditeur, 1997, p. xvii-xviii et xxi-xxii.
  2. C’est-à-dire qu’il sera administré par des colons et surtout des marchands britanniques dont la langue maternelle, il va de soi, est l’anglais, d’où l’usage du mot anglais plutôt que de celui de britannique. Ces nouveaux habitants venus s’établir au Canada parlaient l’anglais. NDLE.
  3. L’idée d’indépendance au Québec, genèse et historique, coll. 17/60, Trois-Rivières, Boréal Express, 1971, p. 36-37. Guy Frégault et Marcel Trudel, éds, Histoire du Canada par les textes, Montréal, Fides, 1963, Tome I: 1534-1854, p. 216.

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