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LE GOLF À QUÉBEC : UN GROS
TROU NOIR

Bruno Deshaies
Pierre Daviau et Charles A. Moreau
Pour un Regroupement des citoyennes et citoyens de Neufchâtel



Ville de Québec

Le deuxième projet de golf de L’Allier dans des Rivières est un gros trou noir astronomique, ce qui signifie à la fois ce qui est vide et obscur. Pourquoi vide ? Parce que c’est tout simplement sans valeur. Pourquoi obscur ? Parce qu’il est impossible d’y voir clair. Vous croyez que nous divaguons ? Alors, citoyennes et citoyens, regardons les choses ensemble.

Jetons un coup d’œil sur la décision de la Ville. C’est le 14 octobre dernier, en pleine campagne électorale, que le Comité exécutif de la Ville de Québec nous apprend qu’il vient d’approuver « la signature d’un protocole d’entente entre la Fédération des caisses populaires Desjardins visant l’échange de terrain » (cf. communiqué de presse du 14 octobre 1997). Qui ne voit pas là une tactique électoraliste ? Ce n’est pas une promesse de parti politique, mais un acte officiel de la Ville en pleine campagne électorale. Rien de moins !

Jetons encore un coup d’œil sur l’entente avec le promoteur. Le maire L’Allier ne manque pas de culot ! Il consent à s’entendre avec la corporation Golfs Parcours des Rivières de la Capitale Inc., en pleine campagne électorale, pour lui céder des terrains en vue de l’aménagement et de la gestion du golf à Québec et pour pas moins qu’un « nouveau développement résidentiel de 1 000 unités » avec un « premier [!] terrain de golf à Québec ». Vous comprenez le vide et vous saisissez l’obscur de l’affaire. Notons que cette décision est prise en pleine campagne électorale, qu’elle manifeste un opportunisme politique nauséabond, avec la promesse de faire approuver le tout par le Conseil municipal après les élections du 2 novembre. La transparence même, n’est-ce pas ? Et que fait le Progrès Civique ? Comme a son habitude, il s’occupe de drapeau, de mâts et de lever de drapeau devant l’Hôtel de Ville. Quelle pitié ! N’aurait-il pas d’autres choses à s’occuper, comme servir les intérêts essentiels des contribuables de la ville de Québec.

Mais il fallait bien que le Raspop nous annonce qu’il s’en venait « de quoi de beau » dans des Rivières. Et ce fut le premier projet de golf à défaut d’en finir avec le prolongement de du Vallon.

Dans la foulée de ce premier projet, le conseiller Jacques Fiset n’avait-il pas déclaré à la séance du Conseil municipal du 13 février 1995 que le golf ne coûterait pas un sou à la Ville ! Selon le bail emphytéotique d’une durée de 65 ans concer-nant les terrains du golf, la Ville n’allait percevoir qu’une piteuse rente annuelle de 53 000 $ indexée à chaque année pour 795 829 mètres carrés de superficie. Le conseiller du Rassemble-ment populaire et aussi responsable de l’OMDEQ, Jacques Fiset, déclare à ce moment-là : « Nous louons le terrain du golf pour sa valeur en intérêts, car nous en demeurons propriétaire. Il paiera des taxes à la ville de Québec. La partie golf n’est pas rentable en soi à cause de son coût d’aménage-ment et de financement. (in Le Soleil, 20 février 1995, p. B2)»

Que se passe-t-il maintenant avec le deuxième projet ? La Ville prévoit s’engager à financer certains travaux évalués présentement à 575 000 $ ; à réaliser un échange non rentable de terrains ; à brader une partie du parc Chauveau ; à accepter un bail emphytéose de 75 ans au lieu de 65 ans pour le premier projet ; à demander comme rente annuelle que la modique somme de 35 000 $ au lieu de 53 000 $ pour le premier projet ; on accepte d’augmenter les dépenses de la Ville et de diminuer les revenus du loyer chargé aux promoteurs, ce qui donne à la Ville, en bout de piste, plus de dépenses et moins de revenus. Et de toute façon, ce projet de golf n’assure pas la maximisation des revenus de la taxe foncière.

Pourtant, à l’occasion d’une assemblée publique avec les citoyennes et citoyens de la ville, à l’école Saint-Bernard dans Lebourgneuf, en 1996, le conseiller et maire suppléant, Claude Cantin, déclarait solennellement, devant une bonne centaine de personnes, que « les terrains de golf étaient bel et bien morts et enterrés ».

L’exhumation de cette folie obsessionnelle de projet de golf en pleine campagne électorale constitue un coup de force à l’endroit de la population de la ville de Québec. Dans les communiqués de presse remis le 14 octobre dernier on n’hésite même pas à écrire : « Un premier (!) terrain de golf à Québec. » De la vraie démagogie ! On compte 29 clubs de golf dans la région qui représentent un nombre encore plus grand de terrains de golf. Ce qui fait que les golfs à L’Allier occuperont, à tout le moins, les 30e et 31e rang, car le projet prévoit non pas un mais deux golfs avec un terrain de pratique. Qui dit mieux !

Ce projet délirant et obscur de L’Allier et de Claude Cantin doit être enterré sur le champ. Les citoyennes et les citoyens n’ont que faire de ce projet coûteux et onéreux pour les finances de la Ville. C’est trop ! Des espaces naturels magnifiques sont sacrifiés à des balles de golf. Qu’on ne vienne pas nous faire rêver comme des idiots d’un « Projet de golf immobilier dans Neufchâtel » ! Vous avez bien lu : « un golf immobilier » ! Vous savez c’est quoi ça ?

Le Conseil municipal doit rejeter ce projet non rentable pour les contribuables dans les plus brefs délais afin de s’occuper de choses plus importantes. L’essentiel pour la Ville de Québec, c’est de faire des dépenses réellement structurantes plutôt que d’inventer des projets chimériques de développement économique. Ce qui veut dire renforcer le réseau routier de des Rivières, améliorer le transport en commun, intéresser et faciliter les possibilités de développement commercial et résidentiel, puis s’assurer de faire des investissements rentables et pas seulement de prestige, de luxe ou cosmétiques.

Le Comité exécutif et le Conseil municipal doivent refaire leur devoir et envoyer aux calendes grecques ce projet de golf. Ils doivent s’atteler à imaginer des projets plus rentables pour la Ville. Comment agiront les oppositions au Conseil de Ville dans ce dossier ? Donneront-elles priorité aux vrais intérêts des contribuables ? S’écraseront-elles dans l’indifférence ? ou se noieront-elles dans de beaux rêves de fumistes ?

Québec, 26 novembre 1997

N.B. Les textes en surbrillance sont des passages qui ont été supprimés par Le Soleil (voir l’édition dans Le Soleil, vendredi, 12 décembre 1997, p. B6). Ajoutons que cet article, expédié par courrier électronique le 29 novembre 1997, n’a été publié, finalement, que le 12 décembre 1997, après des discussions serrées avec les responsables du journal. Ce ne fut pas la plus grande transparence éditoriale !


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