INDÉPENDANCE DU QUÉBEC 330

Le Canada actuel (30)

Une population dispersée, une grande mosaïque multiculturelle, les résidus d’un Canada-Français bilingue, le Québec toujours province et un CANADA indépendant, mais État-Nation satellite des États-Unis

Bruno Deshaies

Vigile.net, jeudi 19 juin 2008

ICI : http://www.vigile.net/Le-Canada-actuel-30

Nous donnons ci-dessous l’opinion d’un internaute sur cette dernière chronique ainsi que notre réponse à son point de vue.

Vos commentaires:



Le Canada actuel (30)

19 juin 2008, par Gilles Bousquet



Vous concluez : « L’histoire du régime de l’Union nous démontre la nécessité d’unir les efforts des souverainistes plutôt que de mener continuellement des luttes intestines. »

Très bien mais, qui va lâcher le premier ses principes et ses idées fixes pour joindre un groupe uni de souverainistes ? Québec solidaire plus à gauche que souverainiste ? Le PI dont les dirigeants pensent que le PQ est un groupe d’arrivistes fédéralistes, trop mous de l’option, l’ADQ qui ne semble plus trop savoir ce qu’il souhaite comme autonomie sauf que ça doit être à droite et dans le Canada ou le parti Vert, full-fédéraliste ?

Le Canada actuel (30)

RÉPONSE :

Doit-on « lâcher le premier ses principes et ses idées fixes » ?



4 août 2008 Bruno Deshaies

Je veux bien respecter l’opinion de cet internaute mais l’ANNEXION c’est l’ANNEXION que ce soit dans une fédération ou une confédération, c’est la même chose. Que le régime soit peu ou très centralisé, ce fait ne change rien aux effets néfastes du fédéralisme d’un point de vue indépendantiste.

À tous les sceptiques, je conseillerais de consulter le célèbre mémoire de la Société Saint-Jean-Baptiste présenté le 13 mars 1954 à la commission royale d’enquête sur les problèmes constitutionnels créée par Maurice Duplessis. Le 25 octobre 1954, dans une « Lettre – Préface » à l’occasion de la publication du mémoire, le président général de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Me J.-Eugène Therrien, écrivait :

« Ce volume, intitulé CANADA-FRANÇAIS ET UNION CANADIENNE, s’adresse à tous les Canadiens français qui n’ont pas renoncé à l’avenir de leur nationalité. (p.10) »

Ce mémoire était en quelque sorte un manifeste de 127 pages contre les défenseurs assidus de l’UNITÉ CANADIENNE.

On y lit sous le sous-titre de « Réforme constitutionnelle » l’énoncé suivant :

« Ayant prouvé sa ferme volonté de défendre, sans provocations inutiles, l’autonomie culturelle des Canadiens français, l’État provincial du Québec sera en mesure de demander à son partenaire anglo-canadien de compléter le statut spécial que la constitution de 1867 lui avait accordé. (p. 124) »

Le mémoire ajoute immédiatement certaines précisions :

« La question se ramène toujours à ceci : donner à la minorité canadienne-française, habitant en immense majorité l’État provincial du Québec, le minimum de sécurité pour assurer son autonomie culturelle en s’arc-boutant sur un gouvernement provincial canadien-français capable de le soutenir. (p. 124) »

Cet état d’esprit est brièvement expliqué dans la Conclusion de la section consacrée aux « Relations entre le Québec et le Canada Anglais » (p. 115-125) du mémoire :

« On peut résumer ainsi le programme tracé :

« Il est nécessaire pour les Canadiens français de prendre conscience qu’ils forment une Nation-État (1). De même que les Anglo-Canadiens s’appuient sur le gouvernement central comme sur leur pôle politique naturel, les Canadiens français doivent apprendre à considérer leur gouvernement provincial du Québec comme le gardien légitime du bien commun de leur nationalité. Ils s’efforceront d’en faire un grand gouvernement moderne, pleinement conscient de ses lourdes responsabilités et ayant la ferme volonté et les moyens de s’en acquitter.

« (1) Nous employons l’expression Nation-État dans un sens très particulier. La Conquête de 1760 a enlevé aux Canadiens français la liberté de devenir une Nation-État souveraine. Néanmoins, ils ont obtenu un État provincial qu’ils peuvent mettre au service de leur nationalité. »

À cette conclusion s’ajoute une Conclusion générale où l’on peut lire les intentions des auteurs du mémoire (dont on sait que l’auteur principal fut l’historien Michel Brunet, professeur d’histoire à l’Université de Montréal).

VOIR : http://www.rond-point.qc.ca/rond-point/histoire/rin/manifeste-du-rassemblement-pour-lindependance-nationale-r-i-n/

Pour résumer la position de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, citons deux paragraphes du Chapitre sixième et dernier chapitre du mémoire.

« Ce Mémoire propose un programme politique, économique et social susceptible d’apporter au problème canadien-français une solution moins incomplète que celle que les générations précédentes ont dû improviser. L’heure des cataplasmes est passée. Les Canadiens français de 1954 ont les moyens d’action que leurs ancêtres, malheureusement, n’avaient pas. Sauront-ils les utiliser ?

[…]

Les Canadiens français continueront-ils à se soumettre presque sans réagir aux déterminismes de leur tragique histoire ? Auront-ils le courage de leur opposer une volonté unanime de résistance ? La réponse appartient aux générations actuelles. Celles qui suivront n’auront plus la liberté de choisir. (p. 126 et 127) »

O O O

Maintenant que l’option indépendantiste a été choisie par une bonne partie de la population québécoise, faut-il continuer à en débattre éternellement ?



L’indépendance n’est pas une question de générations ou d’individus, c’est un SUJET collectif, NATIONAL.

Ce problème ayant été débattu abondamment au cours de notre histoire, pourquoi faudrait-il, à la fin, revenir inlassablement à la case départ ? Pourquoi imaginer qu’une génération ne peut pas continuer avec l’autre le même combat sans s’arrêter en cours de route à cause de l’âge, de la maladie, de la vieillesse ou de la fin d’une carrière riche de sens et d’accomplissement ? Pourquoi tous ces replis ? Quelle peut en être la justification ? Faut-il croire que les générations successives n’y croyaient pas vraiment ? Si c’était le cas, ce serait une véritable tragédie nationale.

Nous comprenons l’exaspération de monsieur Gilles Bousquet. Nous comprenons qu’il désire trouver une solution pertinente au sort des Québécois-Français comme nous comprenons qu’il a le droit de raisonner dans l’optique fédéraliste. Malheureusement, l’avenir est complètement bloqué et, par conséquent impraticable dans cette direction.

Un coup d’œil sur les deux événements qui suivent pourrait faire réfléchir les sceptiques indépendantistes.

1991 Adoption du rapport Allaire par le Parti libéral du Québec

9 mars 1991. Lors du 25e congrès du Parti libéral du Québec (PLQ), Jean Allaire présente un rapport intitulé « Le Québec libre de ses choix ». Il presse le gouvernement provincial de récupérer d’Ottawa de larges responsabilités et pouvoirs.

ICI : http ://www.bilan.usherbrooke.ca/bilan/motsClesCheck.jsp

1994 Tenue du congrès de fondation de l’Action démocratique du Québec

6 janvier 1994. Plus de 600 militants sont réunis à Laval pour prendre part à la formation d’un nouveau parti politique québécois : l’Action démocratique du Québec (ADQ). Satisfait par le travail accompli au cours de ces journées, un des pionniers du parti, Jean Allaire, déclare : « nous sommes le parti de l’avenir ».

ICI : http ://www.bilan.usherbrooke.ca/bilan/motsClesCheck.jsp

Cette histoire à court terme s’inscrit nécessairement dans la grande histoire des Québécois-Français d’hier à aujourd’hui. Niez ce fait de longue durée, c’est faire la politique de l’autruche. Les beaux parleurs pourront pérorer indéfiniment en appelant à la barre la philosophie politique, le pragmatisme politique, le bon sens du charbonnier, l’appel de la race ou les récits historiques anecdotiques que les forces profondes de l’histoire canadienne ne changeront pas pour autant.

Les indépendantistes n’ont pas une fixation. Au contraire, ils affirment sciemment, consciemment et démocratiquement que le principe indépendantiste de l’autonomie interne et externe vaut autant que celui du fédéralisme des États-Nations souveraines. Alors, ils souhaitent persuader leurs concitoyens de la valeur et de la légitimité politique de leur point de vue. Les accuser de défendre une idée fixe relève de la partisannerie politique et d’une certaine forme de mesquinerie intellectuelle.



Si l’on reprend le mémoire de 1954 de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, force est d’admettre que le Québec a pu se développer depuis cinquante ans. Cependant, il est toujours coincé dans le Canada entre l’assimilation totale et l’indépendance complète sinon il vivra en appendice éternellement quémandeur de subsides, comme il l’a toujours fait. Or, ce n’est pas l’OPTION des INDÉPENDANTISTES.

Cette voie, apparemment plus périlleuse, a le grand mérite de rendre la collectivité québécoise responsable globalement de tout ce qu’elle aura à faire en étant servi par un État québécois souverain. Elle deviendra au sens fort du terme « maître de son destin » en apprenant à vivre avec les autres, mais par soi.

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