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Commentaires sur l'édition des débats

Les comptes rendus des débats qui ont été lus par les citoyens et citoyennes de l'époque, d'une part, et ces mêmes débats que nous lisons aujourd'hui n'expriment pas tout à fait notre tournure idiomatique française. Par exemple, au sujet des « wild lands » dont parle Dunkin, on a traduit cette expression par « terres incultes ». Nous croyons qu'il serait préférable de lire plutôt : « terres à défricher » ou terres à l'état naturel ou sauvage, ou encore terres inhabitées. L'expression concernant « the advancement of the country » a été traduit en 1868 par « l'avancement de notre pays ». Traduction très littérale de la notion de progrès ou du développement économique dans la province. Il nous semble qu'il est préférable de traduire l'expression utilisée par Dunkin dans le sens d'état de développement ou de transformations socio-économiques du pays.

Ce que nous voulons signifier par là, c'est que la lecture des débats ne peut pas être faite d'une manière simplement littérale. Il faut penser à la signification des textes produits hier dans le feu de l'action en notre langue d'aujourd'hui afin d'établir le lien de compréhension entre eux et nous, entre leur discours et le nôtre, entre leur habitude à coder leur message et notre manière de les décoder pour finalement les coder dans un message qui nous soit maintenant accessible, mais surtout compréhensible.

Ce sont ces raisons qui nous ont poussé à traduire de nombreux passages du discours de Dunkin malgré une édition des débats qui est, on le reconnaît tous, une reconstitution des discours prononcés à l'Assemblée législative à partir de l'utilisation des principaux journaux de l'époque. Marcel Hamelin le reconnaît lui-même, lorsqu'il écrit : « Puisque nous nous proposions de reconstituer une version française des débats parlementaires, nous avons généralement retenu la version française des discours, même lorsque ces derniers ont été prononcés en anglais. (Hamelin, 1974, p. xi) » Tel est le cas de l'exposé financier de Dunkin du 14 février 1868. Il n'y a pas de doute que pour les lecteurs canadiens-français, c'est sûrement la version française des débats qui a été lue par eux et pour laquelle il nous faut prêter foi. Cependant, le fait d'être en français ne nous donne pas automatiquement une compréhension instantanée des discours et de leurs significations. Un double travail s'impose à l'historien. Le premier consiste à décoder le message codé des auteurs ; le second, à traduire le message de manière à nous le rendre compréhensible et explicatif. Aussi paradoxalement que cela puisse paraître, ceci exige tout autant une modernisation des textes français qu'une traduction des textes anglais. Et ce n'est pas un hasard qu'un historien comme Maurice Séguin ne pouvait lire le Rapport de Durham qu'en confrontant sa version française du texte avec la version originale anglaise. Le même effort doit être fait pour l'étude de l'histoire parlementaire et politique du Québec depuis 1867.

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