Rond-PointAccueilHistoireL'affrontement Lesage-Johnson (1962)


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Questions des journalistes

Charette : Merci beaucoup M. Johnson. Nous en arrivons maintenant à la première période de questions des journalistes. Les deux chefs politiques font face, ce soir, aux journalistes qui les ont interrogé lors des conférences de presse antérieures qu'ils ont accordées ici à Radio-Canada.

L'ordre d'intervention est fonction de la place qu'occupent les journalistes dans le studio et cet ordre, je le répète, a été tiré au sort. Chaque journaliste aura droit à une question par tour complet et demeure libre de renoncer à son intervention, auquel cas la parole passe au suivant. Les journalistes doivent adresser leur question, d'une durée maximum de 30 secondes spécifiquement à l'un ou l'autre des débattants, et seul celui qui est interrogé a droit à une réponse d'une durée maximum de deux minutes. Au total, cette période de questions durera rigoureusement 6 minutes.

La parole est à M. Paul Sauriol.

M. Paul Sauriol : M. Johnson, en dépit de ce que vous venez de dire, tous les électeurs de la province auront à se prononcer mercredi sur la nationalisation de l'électricité. Non pas sur les modalités, qui ne sont pas encore connues, du moins pas complètement, mais au moins sur le principe. Dans ces conditions-là, comment pouvez-vous éviter vous-même de vous prononcer sur le principe de la nationalisation de l'électricité ?

Johnson : M. Sauriol, c'est vous qui dites que mercredi prochain la population aura à se prononcer sur l'étatisation. Ce n'est pas parce qu'un chef de parti lâche une campagne électorale sur un sujet que la population est nécessairement obligée de le suivre sur ce terrain. Ce serait tellement trop facile, pour un chef de parti, de venir à chaque élection avec une question intéressante, un sujet qui plaît beaucoup à la foule, et dire à la population, comme vous semblez le dire : " Eh ! bien, votez pour ou contre, c'est là ". Mais c'est pas ça, une élection. La population, mercredi prochain, doit se demander : est-ce que le gouvernement libéral a tenu ses promesses, est-ce qu'il a bien administré ou non, et après l'élection, là il y aura référendum, et là on posera la question seule.

Et ça sera clair et facile d'y répondre, et on n'aura pas confondu les problèmes, comme on a essayé de le faire. M. Sauriol, j'ai beaucoup d'admiration pour des gens qui ont étudié cette question, que j'ai étudié moi-même d'ailleurs, mais je n'aime pas qu'on fasse un coup de force, et ce n'est pas moi qui l'ai dit, ce sont des chefs ouvriers, ce sont des journalistes qui ne sont pas à la solde de l'Union nationale, croyez-moi, qui ont dit que ça constituait, cette élection, une véritable fraude. C'était un hold-up, pour employer l'expression. Et à mon sens, et je crois être raisonnable en disant, M. Sauriol, qu'on ne fait pas une élection seulement sur une question qui aurait pu être réglée autrement, même avant, par le gouvernement libéral. Quand on songe, si c'est la clef de notre émancipation économique, moi je trouve que le premier ministre a pris joliment de temps à l'acheter, cette clef-là. M. Lévesque lui en a parlé depuis longtemps...

Charette : M. Johnson, je m'excuse, la parole est maintenant à M. Pelletier qui a droit à poser une question.

M. Gérard Pelletier : Dans le même ordre d'idées, M. Johnson : sauf erreur, quand vous étiez ministre, vous étiez ministre justement des Ressources naturelles et vous aviez les ressources hydro-électriques sous votre compétence. Comment se fait-il que vous venez nous dire : " Cette question-là, je ne la connais pas. " En réponse à M. Sauriol, vous avez dit : " Je l'ai étudiée... " On est un peu dans l'obscurité.

Johnson : M. Pelletier, je m'excuse, je pense bien que je n'ai pas dit que nous étions dans l'obscurité. Je trouve que

Pelletier : Nous...

Johnson : Qui nous ? La population ou LA PRESSE ?

Pelletier : Les journalistes.

Johnson : Je trouve que LA PRESSE l'est assez souvent, dans l'obscurité. Seulement, blague à part, je pense que c'est une question que j'avais commencé à étudier et ce n'est pas un secret pour personne. Mon Dieu, il me semble que c'est clair, M. Pelletier. C'est nous qui avons pris l'Hydro-Québec à 30 pour cent du secteur total et nous l'avons - et à ce moment-là 70 pour cent de l'électricité était généré par d'autres compagnies - et depuis ce temps là, sous l'Union nationale, nous avons fait passer la proportion à 60.4 et le secteur public, celui qu'on veut exproprier, euh ! privé, dis-je, celui qu'on veut exproprier n'est plus que de 39.6.

En somme on a pratiquement renversé l'affaire. Et nous avons, tel que l'engagement avait été pris en 1936, nous avons tenu parole, nous n'avons aliéné aucune ressource hydraulique, deuxièmement nous n'avons développé, nous n'avons accordé aucune concession temporaire à moins d'une loi, comme ça avait été demandé, et nous avons porté l'Hydro-Québec de 167 millions à au-delà d'un milliard. Quatre-vingt-cinq pour cent des développements électriques qui se sont faits dans le Québec, durant les 16 ans où nous avons été au pouvoir, l'ont été par l'Hydro-Québec, et je ne vois pas, M. Pelletier, je ne vois pas exactement votre question, sauf sur la question des chiffres; et à ce moment-là, moi, j'avais fait étudier l'affaire par l'Hydro et par la Régie de l'électricité, qui, elle, a tous les chiffres des compagnies, et ça arrivait à 750 millions, et on sait qu'en expropriation ça peut être un milliard. Ça pourrait peut-être être un milliard, je ne le sais pas. Il faut être extrêmement prudent.

Charette : Encore une fois, M. Johnson, je dois vous interrompre, je m'en excuse. M. Bantey.

M. Bantey : M. Lesage, il y a quelques jours, Me René Chalout a déclaré qu'il est troublé par la présence de M. George Marler au sein de votre conseil des ministres parce que, disait-il, M. Marler est un impérialiste et capitaliste convaincu qui défendra les compagnies lors de l'expropriation. Que pensez-vous de sa déclaration ?

Lesage : Euh ! Je crains que M. Chalout se méprenne sur les opinions de M. Marler. L'impérialisme de M. Marler ne m'a jamais sauté aux yeux, non plus d'ailleurs que son ... sa doctrine capitaliste, si vous voulez. Enfin, M. Marler a été absolument d'accord avec la décision que nous avons prise; le Cabinet, le Conseil des ministres est absolument uni. Et sur la question d'évaluation que vous venez de poser, qui vient d'être posée par M. Bantey...

Charette : M. Lesage, je regrette. La période de questions de six minutes est maintenant écoulée, nous devons passer au deuxième sujet.

Le deuxième sujet, c'est le Gaz naturel et la Trans-Canada Pipeline. Ces deux sujets ont été abondamment et diversement commentés dans le passé, chacun le sait. Nous invitons donc les deux chefs de partis à nous faire connaître leurs points de vue respectifs sur l'un ou l'autre de ces sujets, ou les deux à la fois. En vertu du principe de l'alternance, c'est cette fois M. Daniel Johnson qui aura le droit de parler le premier.


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