Rond-PointAccueilHistoireL'affrontement Lesage-Johnson (1962)


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Questions des journalistes

Charette : Merci, M. Lesage. Je me permets de signaler, à tous ceux qui voudraient en tirer profit, que quand un orateur parle, les microphones de l'autre sont fermés

Nous arrivons maintenant à la deuxième période de questions. C'est à M. Dufresne qu'il revient de poser la première.

M. Jean-V. Dufresne : M. Johnson, la Commission Salvas, que vous soyez d'accord ou non, révèle que vous avez acheté pour 21,000 dollars d'actions du Gaz naturel. Vous avez vous-même cité une liste impressionnante d'autres noms, dont quelques libéraux. La question est celle-ci : trouvez-vous normal qu'un ministre en exercice, élu par le peuple, puisse acheter des actions d'une entreprise du peuple, vendue à l'entreprise privée, que la transaction soit avantageuse ou non pour la province ?

Johnson : Voici, M. Dufresne, votre question exactement est... vous m'excuserez, je regardais des notes là, vous ne voulez pas insinuer que j'étais ministre à ce moment-là ?

Dufresne : Je n'insinue pas ça.

Johnson : Je ne l'étais pas. Deuxièmement, vous dites qu'ils se sont vendus un... des biens de la province. C'est pas exact. D'abord, c'est pas exact que j'en avais 150, le juge n'a pas vérifié. Et c'est clair, je l'établirai n'importe quand, je n'ai pas le temps dans ma réponse, mais j'en donne ma parole, je vous en donne ma parole solennelle, Mesdames, Messieurs. Mais on a tout mêlé. Qu'un juge, le juge Salvas, mêle les questions, ça c'est son affaire ; mais moi, je n'ai pas confiance en son objectivité. Parce que les ministres ou les fonctionnaires, les députés, les conseillers législatifs libéraux comme les autres, les ministres à Ottawa, les six mille actionnaires qui ont acheté les unités les ont achetées du courtier qui, lui, les avaient achetées complètement de la compagnie du Gaz naturel, le groupe de courtiers, dont M. Nesbitt Thompson encore, qui a fait de gros profits là-dedans, et ils les ont vendues au public, alors des ministres comme d'autres ont acheté, à ce moment-là, des actions, comme ils en achètent à la Bourse. Moi, je joue à la Bourse, je joue à la Bourse depuis 1940. Mesdames, Messieurs, cette question-là, en somme, ce n'est qu'un autre écran et je puis vous assurer que, quand nous arriverons au pouvoir, on saura toute la vérité sur cette transaction et on verra où étaient les amis du parti libéral, le trésorier libéral, dans toute cette affaire.

M. Dufresne, je ne trouve pas qu'il faudrait que des ministres achètent des actions dans une compagnie à qui on vend quelque chose, mais ça ne...

Charette : Je m'excuse, M. Johnson, à nouveau je dois intervenir.

Johnson : Je n'ai pas le temps...

Charette : M. Langlois, vous avez la parole.

M. Lucien Langlois : Qui est donc ce M. Peter Thompson dont on parle si souvent ? Voulez-vous nous éclairer là-dessus, M. Johnson ?

Johnson : C'est le trésorier de la Fédération libérale. C'est un homme très influent. Il était dans la transaction de Trans-Canada Pipeline, comme dans bien d'autres transactions. Il était très intéressé dans la question du Gaz naturel du Québec, et sa maison, Nesbitt Thompson, avait toute la distribution, pratiquement, des unités. Or, à ce moment-là, on le sait, le marché était fou sur ces affaires-là - ceux qui jouent à la Bourse le savent - alors, la maison Nesbitt Thompson voulait tout garder. Finalement, trois maisons canadienne-françaises en ont eu et " Le Devoir " recommandait d'acheter ces actions-là. " Le Devoir " félicitait le Gaz naturel d'avoir nommé sur son bureau de direction des Canadiens français, entre autre l'honorable Édouard Asselin, dans un éditorial du " Devoir ".

C'était tout normal, à ce moment-là. Et tout d'un coup, c'est devenu une concussion de vingt millions de dollars. Ça, ça n'a pas été établi, je pense plutôt que c'est un déficit de 17 millions de dollars, comme je l'ai établi.

En somme, M. Thompson est un homme tout puissant qui a aussi le contrôle, ou disons les intérêts dominants, dans une des compagnies qu'on veut étatiser, que le gouvernement libéral veut étatiser, c'est la Compagnie du Nord-Ouest, qui dessert le nord-ouest de la province et qui, par Power Corporation, détient aussi, je pense, le plus gros bloc d'actions, contrôle la plus grande quantité d'actions, individuellement ou corporativement, détenues dans Shawinigan Water & Power.

Vous voyez ça, le trésorier du parti libéral, c'est l'homme le plus intéressé dans deux compagnies. Et moi je trouve que c'est là, c'est là le danger de la nationalisation faite par les libéraux. Moi, je ne dois rien, mon parti ne doit rien à aucune compagnie électrique, et rien à M. Thompson, surtout.

Charette : M. Brown.

M. Clément Brown : M. Lesage, au sujet de la Trans-Canada Pipeline, n'est-il pas vrai que vous avez accordé par la loi de 1956, le privilège à la compagnie d'acheter le réseau étatisé et que, d'après le " Financial Post " de cette semaine, la compagnie va se prévaloir de cette option, maintenant que le réseau étatisé est devenu rentable?

Lesage : Eh bien, voici, M. Brown, je ne vois rien, dans la loi qui a été adoptée à la Chambre des Communes, loi établissant la société de la Couronne Northern Ontario Pipeline Limited, qui permet spécifiquement l'achat de la compagnie de Gaz du Québec, National Gas Corporation, Quebec National Gas Corporation.

Brown : Trans-Canada Pipeline...

Lesage : Oui, Trans-Canada Pipeline était purement et simplement une loi d'incorporation, avec pouvoirs ordinaires données aux compagnies d'acquérir les biens des autres. C'est normal. Que vous incorporiez des compagnies n'importe où, c'est toujours la même chose.

Charette : M. Sauriol ?

Sauriol : M. Johnson, que vous ayez acheté une seule unité ou cent ou cent cinquante, je pense que c'est le même principe et que vous vous placiez, que vous le vouliez ou non, dans la position, comme on l'a dit tout à l'heure, d'un tuteur qui vend le bien de son pupille. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Johnson : M. Sauriol, ne me dites pas que vous me blâmez d'avoir suivi la recommandation du "Devoir" ?

Charette : Je m'excuse, notre procédure est très rigide et m'impose de vous interrompre puisque la période de six minutes prévue pour ce deuxième questionnaire est maintenant expirée.

DEMAIN : les troisième et quatrième périodes, consacrées respectivement aux programmes des partis et à l'administration libérale depuis 1960. ainsi que les deux allocutions finales de MM. Johnson et Lesage

La Presse, 13 novembre 1962

Raymond Charette (modérateur) : nous en arrivons, en troisième lieu, au moment où MM. Johnson et Lesage sont invités à commenter les programmes des deux partis, à l'exclusion toutefois de la question de la nationalisation qui a été abordée au cours de la première période.

Les représentants des deux partis ont convenu, en effet, au cours des réunions préparatoires à cette émission, que leurs chefs respectifs renonceraient durant cette période à revenir sur le sujet de la nationalisation et s'en tiendraient à l'examen de leur programme. C'est dans cet esprit que je les invite à prendre la parole. M. Lesage d'abord.


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